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Une soirée cauchemardesque

Une soirée cauchemardesque - Suzanne Labelle

Quelquefois, je dois travailler tard. Je suis installée au douzième étage d’un immeuble du centre-ville. Il se dit que voilà près de deux cent ans, un cimetière se trouvait à l’emplacement exact où le bâtiment est maintenant construit. Certains collègues trouvent du plaisir à faire des blagues à propos de ce fait. Personnellement, cela ne me fait pas trop rire. Ce n’est pas que j’ai peur des fantômes et autres revenants. Il se trouve juste que je m’intéresse à ce monde-ci, celui des vivants. Pour l’au-delà, on verra…

L’horloge accrochée sur le mur affichait 23 heures 17, lorsque je me suis résolu à rentrer. J’étais assez fatiguée. Cela faisait plus de 13 heures que je travaillais. Je me sentais bizarre, comme si j’étais dans un rêve éveillé, ou en état de semi-conscience. Comme si mon corps flottait. Je me sentais très légère. Le plus inquiétant, était cette voix métallique qui m’appelait. Sans parler de cette odeur de fumée qui semblait envahir le bureau.

Puis, tout a semblé s’arrêter. Plus de bruit. Rien

J’ai entendu l’eau du robinet couler dans les toilettes. Je me suis mécaniquement dirigée vers cet endroit. La porte était entrouverte. Je me suis avancée, lentement, à pas feutrés. L’odeur de brûlé se faisait plus envahissante. J’ai poussé la porte. Elle a mis une éternité pour s’ouvrir. À ce moment, j’ai senti une main sur mon épaule. J’ai presque sauté au plafond. C’était le gardien de nuit. Il me demanda si tout allait bien.

J’ai tourné les talons sans lui répondre. J’ai traversé les locaux de notre société pour sortir. Je n’ai pas pris l’ascenseur. J’avais peur de me retrouver seule dans cet espace confiné, si tard dans la nuit. Il n’y avait personne dans les escaliers. Je pouvais entendre le bruit de mes pas résonner du premier au dernier étage. Cela n’a pas contribué à apaiser ma peur.

Arrivée au quatrième étage,  j’ai entendu un bruit, comme si quelqu’un montait les escaliers. J’ai regardé vers les étages inférieurs. Personne en vue. Seules les lumières de secours éclairaient ces étages plus bas. J’entendis clairement le bruit de pas. Quelqu’un montait les escaliers. En me penchant, j’aperçus son ombre. Mon cœur battait à exploser dans ma poitrine et j’étais littéralement trempée de sueur. Prise de panique, j’ai voulu remonter les marches. Impossible, mes jambes ne me portaient plus. Il approchait. Je ne pouvais crier. Il approchait encore. Bientôt, je pourrais voir son corps.

C’était un vieil homme, tête baissée, vêtu de haillons. Il s’arrêta à quelques marches de moi et lentement, releva la tête. Je criais, aussi fort que le permettaient mes cordes vocales...

Encore cette main sur mon épaule, qui me secoue. Une lumière blanche éclaire mon visage.

« Madame. Madame. Réveillez-vous ».

C’est le gardien de l’entreprise spécialisée en impression grand format Montreal. Je me suis endormie dans ma voiture sur le parking, avant même de l’avoir démarrée.

 

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Je suis une passionnée des arts. J'adore me retrouver devant une œuvre pour tenter de ressentir ce que l'artiste a voulu nous faire savoir. C'est sans doute dans cette même ligne de pensée que j'aime me retrouver ici, le soir, à vous raconter mes états d'âme, mes humeurs, même rêves. J'espère que vous aurez autant de plaisir à me lire, que j'en ai à vous écrire...