• Facebook
  • Twitter
  • Google +

Une mauvaise sensation

Une mauvaise sensation - Suzanne Labelle

C’était la première fois que je m’apercevais que la maison d’en face était habitée. Jusque-là, j’avais toujours pensé qu’elle était vide. J’avais toujours vu les fenêtres fermées, en partant, et en revenant du travail, et même la plupart des soirs où j’y faisais attention. C’est en voyant des ouvriers pratiquant un drainage, que je me rendais compte que mon intimité pouvait être prise à mal de temps en temps. Je n’avais pas pris assez de recul pour me rendre compte du manège des poubelles certains soirs. Il est vrai que le jardin semblait entretenu, et qu’elle ne paraissait pas à l’abandon. Pourtant, vu que les fenêtres ne sont jamais ouvertes, j’aurais juré qu’elle était vide.

Cette histoire finissait par m’envahir l’esprit. Je ne comprenais vraiment pas pourquoi j’avais en face de chez moi des voisins qui n’ouvraient jamais leurs fenêtres. Jusqu’ici, j’avais toujours vécu en appartement. J’avais des voisins en-dessous, au-dessus, et en face. Tout cela était normal, et je ne cherchais pas à les connaître particulièrement. Seulement là, j’avais l’impression, même si tout ceci était dans ma tête, d’être une cible à surveiller. Je ne saurais expliquer ce sentiment. Mais la sensation d’avoir un œil qui me regarde au travers des stores, me mettait un peu sur les nerfs. Au point que j’en faisais autant, à surveiller le moindre mouvement pendant plusieurs week-ends. Je n’avais pas pu apercevoir la moindre chose.

Alors que je revenais à pied de mon travail, je tombais presque nez à nez avec une voisine un peu éloignée de ma rue. Je lui faisais part de ce qui me dérangeait un peu en ce moment. Je sentais se dessiner la même intrigue sur son visage. Ne sachant quoi me répondre, elle me rassurait qu’elle en parlerait à son mari le soir venu. Le lendemain matin, il y avait plusieurs voitures de police en face de la maison. C’était un laboratoire de marijuana hyper sophistiqué qui tournait tout seul. Il ne devait y avoir qu’une personne qui vienne faire la récolte de temps en temps. Je ressentais un soulagement extraordinaire. Tout en sachant que ce laboratoire appartenait à un voyou mal famé, je ne saurais vous expliquer la paix que je ressentais de n’avoir jamais été une proie facile pour la satisfaction de quelques pulsions portées par un esprit pervers. En y repensant, je me posais cette question. Quant à mon esprit, serait-il frigide ?

 

The author:

author

Je suis une passionnée des arts. J'adore me retrouver devant une œuvre pour tenter de ressentir ce que l'artiste a voulu nous faire savoir. C'est sans doute dans cette même ligne de pensée que j'aime me retrouver ici, le soir, à vous raconter mes états d'âme, mes humeurs, même rêves. J'espère que vous aurez autant de plaisir à me lire, que j'en ai à vous écrire...